lundi 23 mars 2015

La préactivité, suite et fin

Dans mon dernier billet sur la préactivité, j'annonçais qu'il n'y en avait plus que pour quelques semaines avant de pouvoir me lancer. Huit mois plus tard, je dis la même chose. Que s'est-il passé entre-temps ?

L'étude de marché

J'ai rencontré la stagiaire qui allait s'occuper de réaliser mon étude de marché le 14 Juillet. Le 13 Août, elle a organisé un Focus Group. L'essentiel de l'étude réalisée repose là dessus, ainsi que sur les recherches qu'elle a pu faire de la même manière que moi. En gros, elle a réuni une demi-douzaine de professionnels du milieu pour leur présenter mon projet prendre en compte leur avis. En outre, elle a établi une liste kilométrique de concurrents. Rien de franchement folichon, donc, mais le fait que cette étude soit réalisée par des professionnels allait me donner du crédit auprès des banques lorsqu'il allait être temps de chercher des financements.

Dans les grandes lignes, le rapport de soixante pages qui a été remis le 1er Octobre dans sa première version (et le 21 Octobre pour la version finale) était assez négatif, les personnes interviewées présentant le même profil que celles que j'avais déjà rencontré (des professionnels qui ne parviennent pas à changer leur business model pour s'adapter à la demande changeante du marché et qui craignent l'arrivée d'un concurrent avec un concept nouveau). Néanmoins, tout en étant plutôt négatif, l'étude concluait à un potentiel de chiffre d'affaires annuel de plus de 200.000 € !

Comment arriver à cette conclusion ? Je cite:

  • En émettant l’hypothèse que la population belge est 11 132 269,
  • En émettant l’hypothèse que la population d’artistes belges est 1,92%,
  • En émettant l’hypothèse que le pourcentage d'artistes faisant du rock parmi la population belge est égal à la moyenne de l'importance du rock dans divers médias (CD, radios, etc.), soit 46,21%,
  • En émettant l'hypothèse que le budget annuel dépensé par les clients est égal au tarif moyen calculé sur base de l'analyse statistique qui nous a été transmise par le porteur de projet, soit 440,10 € par enregistrement,
  • En émettant l'hypothèse que le nombre moyen d'enregistrements par an est égal à la fréquence d'enregistrement majoritaire issue de l'analyse statistique qui nous a été transmise par le porteur de projet, soit un enregistrement par an,
  • En émettant l'hypothèse que le nombre de studios d'enregistrements professionnels concurrents en Belgique est 134, soit une pression concurrentielle de 1,7751%,
  • En émettant l'hypothèse que la concurrence des homes studios est nulle,
  • En émettant l'hypothèse que le pourcentage d’artistes intéressés par le projet est 13,04% (correspondant au pourcentage de musiciens interrogés par nos soins qui seraient intéressés par le projet),
  • Et en émettant l’hypothèse que la marge d’erreur est nulle,
  • 11 132 269 * 1,92% * 46,21% * 13,04% * 1,7751% * 440,10 € = 100.620 €
  • Et en émettant l’hypothèse que le studio mobile se déplace dans le Nord de la France et dans le Grand-Duché du Luxembourg, le potentiel de chiffre d'affaire annuel est de 202.918 €.

Beaucoup d'hypothèses donc, et les seuls chiffres solides sont ceux qui proviennent de ma propre étude en ligne. Pour obtenir ça, j'ai payé, en tout, 1.143,17 € de ma poche, avec l'argent que j'avais mi de côté, et la bourse de préactivité à pris en charge le reste de la facture qui était d'un total de 5715,86 €.

Cette somme se décomposait comme ceci:
  • 250 € pour la première rencontre d'explication du projet,
  • 250 € pour les recherches effectuées pour s'immerger dans le projet,
  • 3.500 € pour l'organisation du Focus Group,
  • 250 € pour l'analyse du potentiel de chiffre d'affaires,
  • 892,50 € de TVA,
  • 89,36 € de sandwiches pendant le Focus Group,
  • 484 € de cadeaux aux participants du Focus Group, pour les inciter à participer.

Beaucoup d'argent pour pas grand chose, donc, même si ça répondait au cahier des charges (le boulot a été bien fait), mais ça a du poids pour convaincre un banquier, et c'est ça qui importe.

Ceux qui auront fait attention aux dates auront vu qu'il s'est encore écoulé plus de trois mois entre le début de la réalisation de l'étude de marché (qui était prévue depuis décembre 2013) jusqu'à son aboutissement complet. En cause, le fait que la stagiaire a du être trouvée puis embauchée, que la personne qui supervisait la stagiaire a été changée en cours de route, et que le directeur de la boite, qui m'avait accordé une belle réduction grâce au fait que l'étude était réalisée par une stagiaire, était encore une quatrième personne dans l'équation. Les échanges de mails allaient dans tous les sens, et il fallait parfois attendre plusieurs semaines pour obtenir une information ou une facture. Le monde professionnel n'évolue vraiment pas rapidement, et il s'est passé pas mal d'autres choses dans l'intervalle.

Les allocations d'insertion

D'abords, mon stage d'insertion a pris fin le 28 Juillet, et j'ai donc entrepris les démarches pour, simultanément, changer mon domicile et le passer de l'adresse de chez mes parents à l'adresse de mon kot, pour pouvoir bénéficier d'allocations d'insertions plus élevées (je détaille le mécanisme dans mon billet sur la sécurité sociale en temps que demandeur d'emploi), ainsi que pour demander lesdites allocations.

Cela n'a pas été sans encombres, car la synchronisation entre les différents bureaux de la CAPAC en Régions wallonne et bruxelloise et entre le Forem et Actiris ne sont pas des plus efficaces, sans compter sur le délais requis pour que l'agent de quartier vienne constater ma domiciliation (il a fallu que j'aille leur rappeler que j'existais directement au commissariat) et le fait que l'ERG n'avait toujours pas reçu mon diplôme du ministère (diplôme qui est requis pour demander les allocations d'insertion).

J'ai notamment subit un manque à gagner de 453 € pour ne pas m'être inscrit chez Actiris à temps (car j'attendais la visite de l'agent de quartier) et j'ai donc bénéficié des allocations au régime des cohabitants plutôt qu'isolé du 28 Juillet au 31 Août. Le conseil récurent de s'inscrire partout dès que possible est donc d'application à aussi. En outre, après avoir passé quelques heures dans les locaux des administrations (à la fin, je prenais toujours rendez-vous, ça va beaucoup plus vite), j'ai finalement réussi à compléter toutes les démarches nécessaires, mais mes cartes de contrôle de sont apparemment perdues quelque part. Il a fallu attendre que j'ai un rendez-vous le 26 Novembre pour demander pourquoi je ne touchais toujours pas mes allocations pour que la situation se débloque, et j'ai donc enfin reçu tout ce à quoi j'avais droit, soit 31,46 € par jour ouvrable à partir du 1er Septembre.

Par ailleurs, il a également fallu que je fasse quelques démarches pour m'inscrire dans une mutuelle, et j'ai du entreprendre les démarches pour demander le versement de la seconde tranche de ma bourse de préactivité en envoyant les factures pour la réalisation de l'étude de marché. Cette formalité a encore été le théâtre d'échanges de mails surréalistes, car la première personne de l'UCM qui avait pris en charge mon dossier à Mons a cessé de travailler pour l'UCM. Elle m'a redirigé vers une collègue à Namur, que je n'ai jamais rencontré, qui a elle-même délégué le dossier à plusieurs autres personnes à tour de rôle. J'ai discuté avec au moins cinq personnes différentes pour cette affaire, et je n'ai aucune idée de qui elles sont, si ce n'est qu'elles travaillent pour l'UCM et gèrent mon dossier de bourse de préactivité.

Et puis surtout, j'ai vécu pendant l'été une période difficile dans ma vie personnelle, mais mon moral remontait en flèche à l'automne. Cela couplé au fait que les résultats de l'étude se faisaient attendre de plus en plus et au fait que je préparais désormais ce projet depuis plus d'un an m'ont poussé à vouloir me lancer à tout prix. J'ai enfin accepté le risque que représentait mon entreprise, et j'étais près à me lancer même si l'étude n'était pas positive. Après tout, j'avais l'intuition que ça pouvait marcher, et entreprendre, c'est prendre des risques. Quand les résultats de l'études sont arrivés, j'étais donc enfin prêt psychologiquement à aller jusqu'au bout du projet.

Le plan financier

Pour demander un crédit, et aussi pour satisfaire aux conditions d'octroi de la bourse de préactivité, il faut réaliser un plan financier détaillé sur trois ans. Le but est de prouver la rentabilité du projet en prenant la situation financière actuelle et en simulant les rentrées et les dépenses pendant trois ans, sur base des hypothèses qu'on a émis. Pour préparer ce plan, je me suis servi des données reprises dans l'étude de marché, mais que j'ai pris en étant excessivement prudent, à cause de toutes les hypothèses émises, en prenant en compte ce que moi je pense être faisable.

Je suis arrivé à une énième version de mes projections financières qui tenait la route si je parvenais à réaliser un chiffre d'affaires de 1147 € / mois la première année, 1825 € / mois la seconde année, et 3441 € /mois à partir de la troisième année. Cela me semblait néanmoins beaucoup, mais j'étais près à en découdre, l'objectif de la première année me semblait réalisable, et j'avais le temps de voir venir pour la suite. Il fallait maintenant mettre cela en forme, dans une mise en page un peu plus pro que mon tableur avec mes petits graphiques.

Le graphique des résultats que je projetais
J'aurais pu travailler pour cela avec Gaël Di Zio, qui m'avait accompagné avec La Maison de l'Entreprise, mais les quelques problèmes que j'ai eu avec lui couplé au fait qu'il me demande de le payer pour réaliser cela (alors que ce genre de travaux aurait dus être réalisés lors de l'accompagnement déjà réalisé mais durant lequel nous ne nous sommes presque pas vus) m'ont poussé à chercher une alternative, que j'ai trouvé, sur le conseil de mon père, en la personne de Fabienne Cousin, consultante.

Son tarif était supérieur à celui de Gaël Di Zio (comptez 100 € / heure HTVA), mais l'histoire montrera que ce choix fût le bon, car j'ai accompli bien plus avec Fabienne Cousin en quelques semaine qu'avec Gaël Di Zio en plus d'un an. Mon but ici n'est pas de médire sur Gaël Di Zio, qui est une personne très appréciable et qui m'a donné de très bons conseils, mais j'avais d'un côté une personne qui comblait nos entretiens en m'expliquant en long et en large comment le système fonctionne, qui mettait plusieurs jours à répondre à mes mails quand il me répondait, qui se limitait à entretenir son réseau en me présentant des gens qui avaient besoin de rencontrer des gens pour remplir leurs quotas plutôt que d'être réellement efficace pour moi, et qui a mis plus d'un an pour se décider à commencer à réfléchir à mon plan financier (quand j'ai annoncé que j'allais travailler avec quelqu'un d'autre, ce qui a d'ailleurs été un peu délicat); et d'un autre côté quelqu'un qui a commencé à travailler sur mon plan financier cinq minutes après mon arrivée dans son bureau et qui répond à mes mails le dimanche à trois heures du matin. On a ce pour quoi on paye.

J'ai donc passé une bonne heure à expliquer le projet à Fabienne Cousin le 27 Octobre, qui s'est impliqué très rapidement et personnellement. Je lui ai envoyé les données de mon tableur, et j'ai entrepris, sur son conseil, de rédiger une description du projet à destination de la banque, le but étant de présenter tous les aspects du projet à quelqu'un qui ne me connait pas et de le convaincre de me donner de l'argent. Le devis pour la rédaction du plan d'affaire était de 1.936 €, soit 16 heures de travail TVA comprise, ce qui correspondait avec le budget de ma bourse de préactivité. J'allais devoir mettre 387,20 € de ma poche, sachant qu'à ce stade, je n'avais pas encore résolu les problèmes avec la CAPAC et je ne touchait pas encore mes allocations, mais je savais que ça allait arriver.

J'ai reçu le résultat du plan financier le 26 Novembre, encore une fois un peu plus tard qu'annoncé, mais ça m'arrangeait bien car j'ai encore entrepris pas mal de choses sur le mois écoulé.

La coopérative d'activités

En effet, Gaël avait toutefois pu me rendre un ultime service, en me présentant le principe de la coopérative d'activités (et en essayant de me faire aller chez un de ses partenaires, la coopérative d'activités de Mons, Avomarc ...). Le principe de la coopérative est de permettre à des demandeurs d'emploi de plutôt longue durée (minimum six mois) de lancer leur activité sans prendre de risque financier. Pour se faire, le candidat entrepreneur qui est accepté dans une coopératives d'activités reçoit une dispense de chercher du travail, ses allocations sont figées (il continue à les percevoir sans que le montant soit dégressif), et il peut lancer son activité en conservant son statut de demandeur d'emploi et en utilisant le numéro de TVA de la coopérative d'activité, le tout pendant une période de maximum 18 mois. En contre partie, la grosse majorité (je ne rentre pas dans les détails ici) des revenus de l'activité sont figés sur un compte dans la coopérative, on ne les perçoit donc pas (mais on continue de percevoir ses allocations), et on les récupère à la fin de la période de 18 mois. La coopérative retient néanmoins 10 % sur la marge brute générée, mais, l'un dans l'autre, tant que ces 10 % ne sont pas supérieurs à ce que l'ont gagne comme allocations, on y gagne ! C'est donc un excellent plan pour tous ceux qui remplissent les conditions et qui veulent se lancer !

Étant désormais domicilié à Bruxelles, je n'ai pas pu m'inscrire chez Avomarc comme Gaël Di Zio l'aurait voulu, mais ceux-ci m'ont redirigé vers une société sœur à Bruxelles, Job Yourself. Comme mon projet était déjà très abouti, je n'étais pas sur qu'ils acceptent de me prendre. Néanmoins, le fait de pouvoir conserver mes allocations pendant 18 mois tout en lançant l'activité était une garantie parfaite de pouvoir rembourser un crédit dans les premiers mois, la période la plus difficile. J'ai donc tenté le coup.

Je n'ai pas reçu de réponse à mes mails, et le réceptionniste n'a pas pu répondre à mes questions. Il a donc fallu que je me farcisse une séance d'informations de deux heures où l'animatrice n'a fait que répéter toutes les informations que j'avais déjà trouvé sur le site sans pouvoir répondre à mes questions non plus. À la toute fin de la séance, j'ai néanmoins sursauté quand quelqu'un a parlé d'une structure d'aide aux projets de nature artistique, similaire à Job Yourself. J'ai noté le nom, au cas où: Backstage Brussels. J'ai enfin pu passer à l'étape suivante qu'était la demande d'inscription et discuter avec quelqu'un qui a pu répondre à mes questions.

Malheureusement, le fait que mon projet nécessite un investissement les a poussé à refuser ma candidature. Dans un dernier ressort, j'ai chercher des informations sur Backstage Brussels, qui s'avérait être tout simplement une autre coopérative d'activités spécialisée dans les projets artistiques, et dont la prochaine séance d'information avait lieux le lendemain. J'ai eu une chance dingue, parce qu'il n'y en a que trois ou quatre par an, et j'aurais raté l'occasion si je n'avais pas noté ce nom à la séance d'informations de Job Yourself et appelé ce jour là pour demander des nouvelles de ma candidature.

Je me suis donc rendu à cette séance d'informations, j'ai échangé plusieurs mails avec les responsables pour présenter mon projet, et j'ai fais ce qu'il y a de mieux à faire dans les cas où votre sort dépend du bon vouloir de quelqu'un d'autre, j'ai léché des bottes. Pas littéralement, car c'est très difficile quand on discute par mail avec quelqu'un qu'on ne connait pas, mais j'ai fortement insisté sur le fait que j'étais vraiment très motivé pour entrer dans la coopérative, que ça comptait beaucoup pour moi, que j'espérais vraiment que l'investissement nécessaire ne poserait pas de problème à ma candidature et que, si nécessaire, j'étais près à discuter pour trouver une solution. J'ai même fait des démarches à l'ONEM pour obtenir des papiers démontrant que je remplissais les critères d'éligibilité à la coopérative d'activités, alors que cette démarche n'est normalement nécessaire que bien plus tard dans le processus d'inscription. Ça a porté ses fruits puisque, alors que les conditions étaient rigoureusement les mêmes que chez Job Yourself, j'ai fini par être accepté en phase de préparation.

Néanmoins, là encore, il a fallu être très patient, puisque la séance d'information avait eu lieu le 12 Décembre, et que l'officialisation de mon entrée en période de préparation a eu  lieu le 26 Février. En cause, le fait que Backstage Brussels est une toute récente coopérative d'activités (j'ai vraiment de la chance), active depuis à peine un an, qui ne fonctionne que deux jours par semaine et qui, à l'heure d'écrire ce billet, n'est toujours pas prête à faire passer les candidats (qui, eux, le sont) en phase de test.

Concrètement, néanmoins, depuis le 26 Février, je vais régulièrement à des ateliers de formation pour développer son activité correctement. Moi, j'ai déjà tout fait, et ma coach personnelle m'a dit qu'elle ne pouvait rien faire pour m'aider d'avantage, mais je dois participer et attendre que la coopérative soit prête à nous faire passer en phase de test. C'est intéressant quand même, en attendant. Une fois que je passerai en phase de test, je signerai une convention, et je serai enfin dispensé de chercher du travail tout en conservant mes allocations et en pouvant officiellement démarrer l'activité dans la coopérative. En attendant, j'ai reçu la première convocation de l'ONEM pour contrôler mes efforts de recherche d'emploi depuis la fin de mon stage d'insertion.

Le comptable

Je reviens en arrière. La fin de l'année approche, et la société qui encadrera mon activité, KSG, existe officiellement depuis le 1er Décembre 2013. Il va être temps d'engager un comptable pour réaliser la clôture de l'exercice comptable, qui se termine le 31 Décembre 2014, faire les déclarations TVA et autres formalités comptables nécessaires. Mon père, étant gérant de KSG pour la phase de transition, a fait les démarches de recherches nécessaire. Il avait de toute façon plus de contacts que moi dans ce domaine ...

Le premier contact prit semblait très amical au premier abord. Les choses ont changé lorsqu'il a fallu signer une lettre de mission dans laquelle nous ne pouvions rien négocier. Notre but était de trouver une personne en qui nous pouvions discuter et avoir confiance, mais ils nous imposaient de pouvoir sous-traiter le travail sans aucune transparence et en se dégageant de toute responsabilité en cas d'erreur comptable. Nous avons donc cherché quelqu'un d'autre. Mon père a décliné une ou deux autres offres avant de me présenter Joël Francotte.

Il s'agit d'un expert-comptable indépendant, sans équipe, qui aime travailler avec des petites structures comme la notre, qui est impliqué (il s'est, par exemple, déplacé jusqu'à Bruxelles pour visiter la maison et se rendre compte de la réalité derrières les chiffres), et qui aime autant la confiance que moi puisqu'il travaille sans contrat. Il a suffit de quelques rencontres de quelques heures pour mettre en place notre routine de travail, et il a parfaitement rempli son rôle lors de la clôture du premier exercice comptable de la société. Un atout certain, qui nous a donné quelques conseils judicieux pour optimiser le bilan et éviter de devoir payer des impôts dès la première année (un sujet qui mériterait un billet dédié).

Rachat des parts

Avec la fin de l'exercice comptable arrivait également la nécessité de commencer à organiser la première assemblée générale de KSG, qui devait avoir lieu le 9 Mars, et d'honorer ma promesse aux associés de racheter petit à petit leurs parts dans la société. Ils ont donc été prévenu que la première vague de rachats allait commencer, et j'ai racheté 332 parts, soit l'équivalent de 8.300 €. Heureusement, je n'ai pas du débourser cette somme. J'avais encore 24 parts dans KSS, la société de mon père qui a subit une scission pour créer KSG, d'une valeur de 156 € chacune. J'ai échangé ces 24 parts, d'une valeur totale de 3.744 €, contre les parts KSG de mon père (en payant la différence). Ainsi, je n'avais plus de parts dans KSS, la société de mon père, et lui n'avait plus de parts dans KSG, ma société. Il en restait néanmoins toujours le gérant, jusqu'à l'assemblée générale. J'ai en outre obtenu un prêt de mon oncle, également associé, qui a accepté de me vendre ses 80 parts d'une valeur de 2.000 € en ne le payant que plus tard. J'ai ainsi déboursé moi-même un total de 2.556 €, pour me retrouver avec un total de 335 parts sur 1000, l'objectif étant de continuer ainsi jusqu'à avoir racheté la totalité des parts. Le nombre des associés est également passé de 31 à 12, simplifiant grandement la prise de décisions en assemblée générale.

La demande de crédit

Lorsque Fabienne Cousin revient vers moi avec le plan financier, elle me propose directement un rendez-vous le 10 Décembre chez Belfius pour introduire la demande de crédit. J'ai été étonné de la rapidité avec laquelle on en était arrivé là, mais je m'y étais préparé, et j'ai accepté (en demandant tout de même un rendez-vous préalable pour préparer ce rendez-vous et voir le plan financier une première fois avant la présentation à la banque. Concernant le plan financier en lui-même, il s'agissait essentiellement d'une remise en page de mes propres simulations, avec néanmoins quelques adaptations pour que cela soit plus crédibles du point de vue d'un analyste de banque.

Fabienne m'avait proposé de faire notre première demande chez Belfius car elle y avait un contact, ni plus ni moins que sa marraine de baptême universitaire. Autant dire que, moi qui ne suis pas baptisé, j'ai béni les cieux qu'on ait inventé une telle chose. Notre rendez-vous n'avait, de fait, pas du tout des allures d'entretient avec un banquier, mais plus d'une conversation amicale où Fabienne et moi avons présenté le projet de concert. À l'issue d'une heure et demi de présentation, notre interlocutrice, Sabine Gérard, semblait très enthousiaste et positive. Nous avons donc décidé d'attendre qu'elle introduise la demande et la réponse de la banque avant d'introduire éventuellement une autre demande dans une autre banque.

Concernant le crédit en question, j'avais demandé un produit que Gaël Di Zio m'avait conseillé: le Produit Mixte Automatique de Socamut. Après mon Plan Jeunes Indépendants par le Fonds de Participations, j'aurais normalement pu bénéficier d'un prêt lancement avec des conditions avantageuses, mais la réforme de l'État est passée par là et le Fonds de Participation a été supprimé de l'équation, laissant le soin aux Régions de reprendre le relais. C'est ce qu'à fait la Socamut avec son Produit Mixte Automatique.

Il s'agit d'un micro-crédit de maximum 25.000 € octroyé par une banque à un taux normal, auxquelles viennent s'ajouter un crédit subordonné de la Socamut de maximum 12.500 € à un taux très avantageux. La Socamut offre en outre à la banque une garantie de 75 % sur le crédit principal. Pour moi, cela ne change rien, mais cela veut dire que si j'arrête de payer, la banque récupère tout de même 75 % de la mise, et cela incite donc la banque à accorder le crédit plus facilement. C'est donc une demande de 37.500 € que j'ai introduite, pour une durée de 10 ans pour avoir la mensualité la plus faible possible.

La demande était bétonnée, car après plus d'un an et demi de préparation du projet, j'avais pu mettre sur la table une présentation très claire et précise du projet, avec des analyses de possibilités de plans B en cas d'imprévu, un plan financier détaillé sur trois ans qui fonctionnait malgré une approche très prudente des chiffres, et une étude de marché professionnelle qui concluait à un potentiel de chiffre d'affaires annuel largement supérieur à ce sur quoi nous tablions, avec en outre un garantie sur 75 % du capital que la banque mettait à disposition. D'un côté, un potentiel de chiffre d'affaires annuel de plus de 200.000 €, de l'autre, un risque pour la banque de 6.250 €. Je ne m'imaginais pas qu'on puisse me refuser ce crédit.

Demande d'aide à l'investissement

La réponse de la banque se faisant attendre en période de fêtes, j'ai entrepris d'introduire une demande d'aide à l'investissement, que Fabienne Cousin a accepté de relire. Il s'agit d'une aide régionale pour les PME qui rembourse une partie (de 10 % à 18 %) des investissements en matériel réalisés. Il m'a fallu une journée complète pour lire et comprendre la notice explicative et remplir le formulaire de demande simplifié en ligne.

Une fois la demande envoyée, j'ai attendu quelques jours avant de recevoir une grosse enveloppe par la poste. Ma demande préalable a été acceptée et je peux commencer à réaliser les investissements, mais il faut encore que je remplisse le formulaire complet de demande d'aide. Le formulaire fait une trentaine de pages, la notice explicative en fait autant, et j'ai six mois pour renvoyer le tout. Ça, c'est la raison pour laquelle la plupart des gens engagent des consultants pour faire ce genre de démarches. Moi, je ne m'y suis toujours pas attelé, mais je le ferai un de ces jours.

La réponse de la banque

J'ai finalement obtenu une réponse de la banque, après de nombreux reports du délais initial, le 14 Janvier. Le crédit était accordé, mais sous certaines conditions. Le taux était fixé à 3,99 % (un taux acceptable), sans carence en capital (il faut commencer à rembourser immédiatement, ce qui pose problème dans mon cas puisqu'il faut le temps de commander le matériel et de constituer la clientèle), pour une durée de sept ans et, surtout, moi et mon père devions tous les deux être codébiteurs du crédit. La codébition signifie simplement que nous aurions signé le contrat en même temps que KSG, de sorte que si KSG cesse de rembourser, la banque se retourne contre nous en personne physique pour demander le remboursement.

La raison pour laquelle la banque demandait la codébition de mon père est qu'ils ont trouvé dans l'acte de constitution de KSG qu'il était l'associé avec le plus grand nombre de parts, et le gérant. Évidement, ce n'était plus d'actualité, puisque j'avais déjà racheté ses parts et qu'il allait cesser d'être le gérant lors de l'assemblée générale du 9 Mars.

Autant dire que cela m'a pas mal refroidis, car il m'était difficile de m'engager à rembourser 37.500 € quand la totalité de ce que je possède ne dépasse pas le quart de cette somme, et encore plus difficile de demander à mon père de faire de même alors qu'il était en train de se dégager du projet (j'avais racheté ses parts), qu'il avait d'autres projets à mener, tant professionnels que privés, et que je ne souhaitais tout simplement pas l'impliquer davantage dans mon projet. En outre, il manquait un certain nombre d'informations cruciales dans l'offre, comme le taux du crédit de Socamut. J'ai donc demandé un complément d'informations et un délai de réflexion.

La piste des financements alternatifs

J'ai alors tenté d'exploiter une piste que j'avais en tête pour un plan B en cas de refus de la banque: trouver des financements alternatifs. En demandant à des personnes privées de prêter à KSG de l'argent, je pouvais fournir un taux d'intérêt très intéressant (jusqu'à 5 % dans certains cas, alors que les banques plafonnent à du 2 %), mais pour des périodes assez longues (jusqu'à 20 ans). Je pouvais garantir les prêts puisque d'ici 20 ans, le crédit hypothécaire sur la maison aura été entièrement remboursé et, si je devais être dans l'impossibilité de rembourser, il aurait suffit que je revende la maison pour avoir les fonds nécessaires. Dans l'intervalle, j'aurais pu obtenir les fonds nécessaires et lancer mon activité sereinement.

J'ai donc développé une gamme d'offres et activé mon réseau. Plusieurs personnes se sont montrés intéressées, et si elles m'avaient toutes répondu positivement j'aurais pu réunir plus de 70.000 €. Malheureusement, après de longues semaines de réflexions, toutes ont du décliner, pour diverses raisons mais notamment à cause de la nécessité de prêter à long terme. J'ai donc du me résigner à accepter l'offre de la banque, mais non sans la négocier du mieux possible.

L'acceptation du crédit

C'est alors que j'ai reçu un mail de la coopérative d'activités qui avait enfin statué sur mon sort, et qui m'informait que j'allais être accepté. Rien n'était encore officiel, mais je pouvais donc raisonnablement miser sur le fait que j'allais pouvoir concerver mes allocations pendant 18 mois.

Après de nombreux échanges de mails pour demander de plus en plus d'informations et négocier les conditions imposées par la banque, j'ai finalement pu obtenir trois mois de carence en capital et la suppression de mon père de l'équation. Je devais donc toujours être codébiteur. J'avais également pu obtenir des renseignements plus complets, et je savais que le taux du crédit de Socamut ne devrait pas dépasser 1,6 %.

Selon mes calculs, qui devaient être confirmés par le contrat, les deux crédits (Belfius et Socamut) allaient m'obliger à verser une mensualité d'un peu plus de 500 € par mois, à partir de dans trois mois. En sachant que mes allocations me rapportent plus de 800 € par mois, et en sachant qu'une partie du crédit que je demande n'allait pas être dépensée mais gardée en réserve au cas où, j'ai estimé que je pouvais survivre et rembourser la banque pendant deux ans avant de faire faillite si je n'avais absolument aucun client. J'avais donc deux ans pour me constituer une clientèle qui me rapporterait au moins 1000 € par mois. Si je parvenais à gagner plus, je pourrais me payer un salaire.

Ce scénario catastrophe implique également que mes parents continuent à supporter mon loyer et mes 50 € par semaine de nourriture, mais j'étais tout de même sensé, selon le plan financier, pouvoir produire plus de 1000 € par mois dès la première année et éviter cela pouvoir me prendre en charge rapidement.

Le challenge était posé, et j'ai demandé la rédaction des contrats le 13 Février.

Le Produit Mixte Automatique s'est alors montré moins automatique qu'on ne le pensait, car si la banque avait marqué son accord, la Socamut a seulement commencé à analyser le dossier. Il a notamment fallu que je repasse par la case d'explication que mon père ne faisait plus partie de la société, preuves à l'appui, et que je démontre que le siège social de la société était bien situé en Wallonie et n'était pas une simple boite aux lettres.

La rédaction des Conditions Générales de Vente

J'ai encore une fois mis a profit le temps mort qu'on m'imposait pour travailler sur un autre dossier, la rédaction des Conditions Générales de Vente, essentielles à toute activité commerciale. Une partie de ma bourse de préactivité était destinée à cela, et mon père m'a recommandé un juriste qu'il connaissait à Mons.

En tenant compte des spécificités de mon projet, je lui ai donné pour mission de rédiger:

  • Conditions générales d'utilisation du site internet + Disclaimer + Gestion des données personnelles et cookies,
  • Conditions générales de vente,
  • Modèles de bon de commande,
  • Modèles de lettres de rappel de paiement et de recouvrement de créances.
La bourse de préactivité avait prévu un budget de 1.600 € pour cela, et je m'étonnais que son devis ne soit que de 907,50 €. Je ne m'en suis néanmoins pas plaint, d'autant qu'il m'a offert les modèles de bon de commande et de lettres de rappel demandés.

Néanmoins, les conditions d'utilisation du site internet sont peu adaptées à un site internet moderne et ont été réduites à la plus simple expression, incluses dans les CGV, elles même plutôt mal rédigées à mon goût. Le travail n'était probablement pas mauvais, mais pour un document qui est sensé pouvoir parer à tout éventualité, rédigé par un professionnel qui est sensé pouvoir penser à tout, le fait que certains articles soient mal numérotés (entre autres choses) passe plutôt mal, d'autant que je suis plutôt doué pour rédiger des textes techniques et envisager toutes les possibilités. L'apport d'un professionnel n'a ici eu aucune plus-value pour moi, car ne rien oublier et personnaliser les CGV à mon projet sans commettre d'erreur juridique, j'aurais pu m'en charger. Heureusement, grâce à la bourse, je ne prendrai en charge que 181,50 € de la facture.

Néanmoins, dans le cadre d'un atelier organisé par la coopérative d'activités sur la propriété intellectuelle, j'ai rencontré Alexandre Pintiaux, avocat brillant spécialisé dans la propriété intellectuelle, qui a non seulement pu répondre à bon nombre de questions pointues à ce sujet sur lesquelles personne n'avais jamais pu m'aider (y compris lors de la formation sur la propriété intellectuelle avec PiCarré organisée par Gaël Di Zio au début de mon accompagnement), mais à qui je confierai également la relecture des CGV rédigées (et retravaillées par moi) pour valider leur pertinence et leur validité.

La signature des contrats

Le 12 Mars, j'ai finalement reçu une copie des contrats pour relecture. J'ai immédiatement pris rendez-vous à la banque pour signer, histoire de gagner du temps. Puis j'ai commencé à relire les contrats, ce qui a pris un temps certain vu l'épaisseur de la liasse.

Le temps de demander des précisions sur quelques petites lignes auxquelles je m'attendais, j'ai aussi eu quelques surprises. Il fallait, par exemple, que je paye 750 € de frais pour bénéficier de la garantie Socamut (en plus des 150 € de frais de dossier de Belfius). Il fallait également que je justifie tous les investissements en fournissant les factures à la banque, de manière à ce que je n'utilise pas l'argent pour autre chose que prévu (sauf pour une partie du crédit de Socamut, prévu pour les besoins en fond de roulement, heureusement). Également une bonne surprise, puisque le taux du crédit Socamut est un taux fixe de 0,7905 %, un taux extrêmement faible !

Dans les grandes lignes, l'essentiel est là, et je sais désormais précisément à quoi m'en tenir. Les contrats ont été signés le 18 Mars, symbolisant ainsi l'achèvement d'un parcours du combattant de près de deux ans pour en arriver là.

Oui mais ...

Oui mais, on commence à avoir l'habitude, rien ne se passe jamais aussi simplement que prévu.

Le 9 Mars, la première assemblée générale de KSG a validé tout ce qui devait l'être, et a confirmé la démission de mon père comme gérant pour nommer ma mère à la place (je ne peux pas encore officiellement prendre la gérance, parce que cela n'est pas compatible avec mon statut de demandeur d'emploi, nécessaire pour être dans la coopérative d'activités, conserver mes allocations et assurer le remboursement du crédit).

Le changement de gérant était une condition de la banque pour supprimer la codébition de mon père, et ils attendent de voir la publication au Moniteur belge pour autoriser la liquidation des fonds. Or, évidemment, le notaire chargé d'effectuer la publication traîne. Il faut en outre que j'avance les 900 € de frais avant de pouvoir demander le premier prélèvement. Heureusement, j'ai encore été prévoyant et j'ai mis de l'argent de côté, au cas où. Il faut également ne pas traîner, car le devis que j'ai obtenu, avec des super réductions, pour une partie de mon matériel expire très bientôt et il faut que je le commande au plus vite.

Mon statut de demandeur d'emploi et mes allocation sont également en jeu, puisque je ne suis encore qu'en phase de préparation dans la coopérative, et j'attends de pouvoir passer en phase de test, dès qu'ils seront prêts. Ce n'est qu'à partir de ce moment que je serai dispensé de chercher du travail et que mes allocations seront figées. En attendant, j'ai été convoqué pour un entretient à l'ONEM en Avril, et il faudra que je convainque mon interlocuteur de la pertinence de mes actions alors que je ne cherche absolument pas de travail, puisque je tente de créer le mien.

Enfin, le site internet n'est pas prêt du tout, et je vais devoir consacrer l'essentiel de mon temps à cela à présent pour le mettre en ligne le plus rapidement possible. Il faudra aussi que je fasse les démarches nécessaires pour demander le paiement des dernières tranches de ma bourse de préactivité et me rembourser ce que j'ai avancé de ma poche, et clôturer la rédaction des Conditions Générales de Vente. Il faudra enfin commander le matériel dans l'ordre adéquat et le configurer correctement. Ce sera la partie amusante, mais ça va prendre un peu de temps aussi.

Bref, il y a donc encore quelques obstacles avant de pouvoir dire que tout est vraiment terminé. Néanmoins, en regard de tout ce qui a déjà été accompli, ce n'est vraiment plus grand chose, et je serais damné si, cette fois, il me faut plus de quelques semaines pour pouvoir vraiment ouvrir le studio !

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